Décidément, M. Huss et moi n’avons pas
assisté au même concert de l’orchestre du Centre National des Arts à la
Seine musicale samedi dernier. Nous avons eu droit à un Brahms exagéré,
boursouflé, «à l’américaine»; un Brahms incapable de nuances douces
(l’orchestre n’a jamais joué plus bas que mezzo forte) et d’intériorité
(les emportements rubato du chef empêchant l’atteinte de tout «moment de
grâce» comme il y en a pourtant dans la partition); des tempi excessifs
(le
presto ma non assai du 3e mouvement était carrément un
prestissimo, et le dernier mouvement
Allegro con spirito était à
la limite du jouable). Il faut ajouter à cela des problèmes de justesse
(dès le début du premier mouvement dans les bois) et d’équilibre
(cuivres trop forts, cordes enterrant les bois dans les passages
lyriques). Tout cela était compensé par un enthousiasme communicatif de
l’orchestre, d’autant plus apparent qu’il contrastait avec la
quasi-indifférence des musiciens pour
Lonely Child de Vivier.
Ils n’avaient manifestement rien compris de cette musique rendue sans
relief, manquant cruellement des harmonies «spectrales» incorporées par
Vivier au coeur des accords ainsi que de vigueur rythmique. Le public
présent dans la salle (à moitié vide), a d’ailleurs davantage réagi au
chant «avec la main devant la bouche» (demandé à certains moments par
Vivier) qu’à la musique elle-même. Nous étions loin du concert éclatant
et raffiné de l’OSM
le
19 mars dernier à la Philharmonie de Paris, et l’on comprend que
l’orchestre du CNA n’y ait pas été invité.